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lundi 14 septembre 2015

L'exil, Edward Said - Simone Weil

Par PERMI 4

Dans un article intitulé "Réflexions sur l’exil"; publié initialement en 1984 et que l’on retrouve in extenso dans le volume au même intitulé (Actes Sud 2008 p. 241 sq), Edward W. Said développe une réflexion sur la situation de l’exilé, tant sur le plan psychologique que sociologique, sans manquer de référencer son propos par des reports à la poésie, à la littérature ou à la philosophie (dont la philosophe Simone Weil, laquelle justifie ici pour partie ce commentaire).

L’intérêt de cet article est multiple. Il éclaire cette situation de l’exil. Il dit l’exil comme « la fissure à jamais creusée entre l’être humain et sa terre natale, entre l’individu et son vrai foyer » pour conclure : « la tristesse qu’il implique n’est pas surmontable. » Said met en garde son lecteur contre le point de vue qui consiste à mettre au compte de l’exil un enrichissement culturel qui porterait à une considération notoirement esthétisante; et qui « éclipse [rait) l’horreur … de ce phénomène insupportable … [qui] a arraché des millions de gens à la richesse de leurs traditions, de leurs familles, de leurs origines».

Il ajoute, mentionnant à l’appui deux poètes, l’un ourdou, l’autre palestinien, que « rencontrer un poète en exil, à la différence de lire la poésie d’un exilé, c’est découvrir les antinomies de l’exil incarnées et endurées avec une intensité unique», précisant ensuite que « ces poètes, et beaucoup d’autres, ont conféré une certaine dignité à une situation prévue légalement pour nier la dignité, pour priver les individus de leur identité. »

Edward Said en vient à mentionner, en apport à son propos, Simone Weil qui, dit-il « a exprimé le dilemme de l’exil de la façon la plus concise qui soit » et il la cite : « Avoir des racines, dit-elle, est peut-être le besoin le plus important, et le moins reconnu, de l’être humain » (p.253). L’Enracinement, titre de l’ouvrage de Simone Weil, n’est pas précisé explicitement, mais il va sans dire. Sous la plume de l’auteur de cet article, l’interprétation de la citation de la philosophe française ne souffre d’aucune ambiguïté.

En conclusion à cette courte mention, cet article porte plus, à notre point de vue, sur l’exilé déjà établi dans un pays tiers, les différents cas de figure que présente son vécu (quasiment sur la fin comme un vade-mecum lui semble adressé), la vision que peut en avoir ou en refléter les poètes, les romanciers ou les intellectuels et, in fine, ce qui sous-tend le tout, la vision humaniste de l’individu exilé.

Ainsi Edward Said rejoint sur plusieurs points l’actualité des migrations auxquelles l’Europe doit faire face et l’urgence des réponses à leur donner ; en tout état de cause il nous instruit sur ce qu’il en est pour les déplacés que nous croisons dans nos vies respectives ainsi que sur l’avenir des migrants actuels et de leur descendance.

En cela, 31 ans après sa parution, cet article n’a pas perdu de son intérêt

PERMI 4 
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  • Réflexions sur l'exil, le livre présenté par son éditeur Acte Sud : Lien
  • Un article de Tsvetan Todorov sur Réflexions sur l'exil, Le Monde 2008 : Lien
  • Sur ce blog, se reporter au billet "Simone Weil, lire aujourd'hui L'Enracinement" : Lien

jeudi 9 octobre 2014

Meursault, deux relectures de 'L'Etranger' de Camus

Albert Camus évoque l'Etranger dans Albert Camus 152620-211x300

Kamel Daoud, auteur du roman Meursault, contre-enquête


L’article de Jeune Afrique mentionné comme lien renvoie à un texte que Kamel DAOUD , chroniqueur du Quotidien d'Oran, avait publié en 2010, et qu'il avait intitulé "Le Contre-Meursault ou l' 'Arabe' deux fois tué". Ce récit repris par Le Monde du 9 mars 2010 est consultable en ligne à l’adresse ci-dessous mentionnée.

Il termine ainsi : « Cette histoire devrait être réécrite, dans la même langue, mais de droite à gauche. C'est-à-dire en commençant par le corps encore vivant, les ruelles qui l'ont mené à sa fin, le prénom de l'«Arabe », et jusqu'à sa rencontre avec la balle. Pas le contraire. C'est immoral de raconter l'histoire d'un meurtre avec cinquante-six passages pour la balle, le doigt et l'idée qui les a animés, et ne dire qu'une seule phrase pour le mort ».


« De droite à gauche ». Ainsi s’écrit l’arabe, de droite à gauche.

Edward Said, auteur notamment de L'Orientalisme


Il peut être bon de se reporter également au numéro du Monde diplomatique et aux extraits de ce qui concerne Camus dans l’ouvrage d’Edward W. Said Culture et impérialisme publié en 2000, extraits que l’on trouve presque à l’identique reproduits dans le n° 137 de Manière de voir (octobre-novembre 2014, p.31 et suivantes).Les passages suivants sont explicites :

C’est vrai, Meursault tue un Arabe, mais cet Arabe n’est pas nommé et paraît sans histoire, et bien sûr sans père ni mère. Certes, ce sont aussi des Arabes qui meurent de la peste à Oran, mais ils ne sont pas nommés non plus, tandis que Rieux et Tarrou sont mis en avant.

Et plus loin :

Quelle différence d’attitude et de ton dans le livre de Pierre Bourdieu, sociologie de l’Algérie, publié, comme L’Exil et Le Royaume en 1958 : ses analyses réfutent les formules à l’emporte-pièce de Camus et présentent franchement la guerre coloniale comme l’effet d’un conflit entre deux sociétés. C’est cet entêtement de Camus qui explique l’absence totale de densité et de famille de l’Arabe tué par Meursault ; et voilà pourquoi la dévastation d’Oran est implicitement destinée à exprimer non les morts arabes (qui, après tout, sont celles qui comptent démographiquement), mais la conscience française. (...)

Et encore :

Plus de choix ici, plus d’alternative. La voie de la compassion est barrée. Le colon incarne à la fois l’effort humain très réel auquel sa communauté a contribué et le refus paralysant de renoncer à un système structurellement injuste. La conscience de soi suicidaire de Meursault, sa force, sa conflictualité ne pouvaient venir que de cette histoire et de cette communauté-là.

Sans vouloir simplifier la figure complexe d’Albert Camus confronté intimement aux drames de la décolonisation de l’Algérie, il est bon de mettre sous la lumière des intellectuels de l’autre bord de la Méditerranée son œuvre littéraire, qui n’en reste que plus vivante et plus apte, par de nouvelles réponses, à susciter e nouvelles questions.

N’est-on pas nous-mêmes, aujourd’hui, en recherche de sens par rapport aux conflits ensanglantant le Moyen Orient et l’Afrique sub-saharienne ? Recherche difficile qui oblige constamment à ne pas se targuer d’une quelconque supériorité européenne ou occidentale, ni à se satisfaire de réponses toutes faites ou d’une attente paresseuse.

PERMI4

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  • Lire l'extrait de Kamel Daoud : Lien
  • Se reporter au billet de ce blog présentant Meursault, contre enquête, de Kamel Daoud : Lien
  • Consulter l'article "Kamel Daoud" de Wikipedia : Lien
  • Lire les extraits d'Edward Said : Lien
  • Consulter l'article "Edward Said" de Wikipedia : Lien