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| Photographie Véronique Liège Lien |
Intéressante, cette incursion chez Bourdieu.
Concernant Lacan Jean-Marie Perret écrit : " Pour Jacques Lacan, en effet, "Le propre de l'homme n'est pas de parler, mais d'être parlé."
Il en résulte que, pour Jacques Lacan, à la différence de Pierre
Bourdieu, le choix de ne pas être parlé, pour l'homme, n'existe pas.
C'est l'inconscient qui, dans l'homme, est le discours
de l'autre. Et l'inconscient est précisément ce qui est impossible à
dire, ce qui fait défaut au langage. Si l'inconscient opère bien par des
"effets de langage", il est d'un bout à l'autre inaccessible à la
parole comme à la pensée consciente, quelque volonté qu'on y mette."
Je vais là encore intervenir en Béotien dans une réflexion qui restera au seuil du langage seul.
Parole - pudding
A mon sens, s'il y a un inconscient en l'homme, il n'est pas massif et indécomposable, pas un diamant dur mais un
conglomérat. Il ressemble à cette «
roche formée, d'une part, des galets souvent constitués de morceaux de quartz arrondis à la suite de leur transport par I
‘eau et, d'autre part, par un ciment composé d'éléments plus fins qui
remplissent les vides disponibles. Il y a parfois un net contraste entre
la couleur des galets et celle du ciment, ce qui fait dire que l'on a
une roche qui ressemble à un " Pudding ". »
Lien
Je pense que notre parole, à l’image de cet inconscient, est ce pudding, habitée
qu’elle est socialement par une langue déjà faite, une culture
d’appartenance (histoire, religion, arts, pratiques diverses, etc.),
plus généralement un savoir acquis par « gavage » ou volontairement
(choix des études, engagements, etc.)
La
langue peut s’étudier très objectivement. Linguistes, étymologistes, (grammairiens !
) le font en toute science et conscience, sans toutefois effectivement – et c’est là qu’entre par
effraction dans ce territoire des ombres, l’éteigneur de réverbères qui
laisse à distance l’étudié. La psycholinguistique apporte un savoir
intellectuel mais, quand bien même cette science serait universellement
enseignée,
aucune grâce efficace ni même suffisante ne serait capable de rendre chacun apte à analyser en lui l’apport, par les eaux érosives du temps, de galets et de graviers dont il est fait , à peine conçu, le réceptacle.
Peut-être
est-ce là, c’est même certain, que se niche le discours de l’autre,
l’impensé personnel, ce par quoi la personne est manipulée à son insu.
Illusion de l’innocuité de la langue de la mère.
Donnée
comme telle, cette langue sera considérée par tout un chacun comme
parfaitement innocente et utilisée (usée, mésusée) jusqu’à s’en abuser
soi-même.
Malmenée
par l’usage qu’il en est fait socialement comme individuellement, il
n’en reste pas moins que son substrat restera indifférent aux
« modismes »
et idiolectes de chaque époque et de chacun. Puis
y coexisteront et s’y mêleront dans la parole qui s’en teintera le vécu
personnel, les bonheurs comme notre mal-être et mille illusions qui
auront participé à notre éducation sentimentale pour ne parler que de
cela. Ce serait une illusion de croire que ce qui aura été lu par soi
(livres, affiches, journaux et tout texte) ou dit autour de soi
(toujours pour en rester à la langue) ne viendra pas bousculer nos
perceptions, nos représentations et nos affects comme aussi remettront
en cause les acquis – bien ou mal – du passé et donc les traces mémorielles
et par conséquent nos mots pour les dire.
La cure psychanalytique
La cure psychanalytique
peut être considérée, en dehors de toute polémique, un des instruments
de lutte contre l’être-parlé. L’on pourrait penser rejoindre par cette
technique la position volontariste de Bourdieu. Dans la cure, on doit distinguer dans le langage plusieurs niveaux qui vont entrer en concurrence.
D’une
part elle opère à travers une langue particulière ; elle a donc recours
de facto à cet impensé de la langue. Dans cet impensé, le consultant
s’y meut en toute bonne foi (du moins faut-il le croire … s’il n’est pas
sophiste); jusqu’ici il y a d’ailleurs pataugé et pensait s’en sortir
par lui-même ; le voulait-il réellement (du moins faut-il le croire). Il
marche dans les plates-bandes du langage en méconnaissance partielle ou
totale (ou en connaissance perturbée), de ce qui le
conditionne et le structure, c’est-à-dire la langue, et ignorerait de la
sorte qu’il y a sous ses pieds un sous-sol à son discours qui
nécessiterait les secours d’une archéologie sémantique.
Continuer à
ce point-là de concevoir l’inconscient comme le discours de l’autre,
c’est abandonner la partie, s’abandonner à l’altérité et conséquemment
se refuser à la liberté qui nous rend responsable de nos actions en
dépit de nos déterminations.
Or, tel un chirurgien, le consulté sait pertinemment que c’est l’outil langage qui sert à cette quête, et
que c’est cet outil qui lui-même devra être inspecté car suspecté, doté
d’un bon acier et dûment stérilisé (stérilisé !) tout au long des
séances. L’écouteur doit être à même de refléter les mots dits, les mal
dits, les confusions, les clichés langagiers, les expressions employées
avant toute analyse et qui se veulent mettre des mots sur un vécu avant
toute analyse, alors que c’est dans le dire que le non-dit a des chances
de s’exprimer.
Cela précisé, car la vulgarisation journalistique des
sciences humaines permet à tout un chacun d’établir le
diagnostic de ses perturbations psychiques - par la publication de boites à
outil où chacun vient extraire ce dont ses maux semblent relever - par
une terminologie approximative et stérile car réductrice.
Or l’importance d’une séance, c’est le renvoi du consultant à lui-même par l’analyste : « On arrête là ; d’ici la prochaine séance, réfléchissez sur la signification des mots besoin et désir. »
PERMI4
«
Modismo » : Je préfère cette expression espagnole que je transcris en « modisme » à
« lieu commun ». On y entend bien la notion de mode. En effet, ces
expressions toute faites sont comme les modes, destinées à surgir aussi
vite qu’elles peuvent ensuite disparaitre. Du genre « s’en jeter un
derrière la cravate », « faut pas pousser mémé dans les orties », etc. Lien
Par la seule puissance des mots, le narrateur de la Recherche voit son
rêve de femme accouché d’une lecture de romans présentant des paysages
idylliques, retourné. Alors que le rêve de cette amante imaginaire
(l’imaginaire n’a pas de futur que la réalité ne puisse démonter faute
de le démontrer) « fut imprégné de
la fraicheur des eaux courantes [ … ] et des grappes de fleurs
violettes et rougeâtres s’élevaient aussitôt de chaque côté d’elle comme
des couleurs complémentaires », la simple lecture de l’œuvre de l’écrivain Bergotte (Berg – Gott) créera « un fond tout autre, devant le portail d’une cathédrale gothique, […] se détacha désormais l’image d’une femme dont je rêvais » ; or, quelques pages plus loin, l’ami du jeune Marcel, Bloch, par des révélations indiscrètes sur la grand-mère, va lui « apprendre
– nouvelle qui plus tard eut beaucoup d’influence sur ma vie et la rendit
plus heureuse, puis plus malheureuse - que toutes les femmes ne
[pensent] qu’à l’amour et qu’il n’y en a pas dont on ne [puisse] vaincre
les résistances ».(Du côté de chez Swann, Combray, chap. II , p.152 ,157 et 161, Folio classique.)